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Quelques témoignages
Pierre-Aimé
Touchard :
Directeur du CNSAD (1968 à 1974)
Président du JTN (1971 à 1975)
« Depuis quil assurait la direction du Conservatoire, Pierre-Aimé
Touchard était préoccupé par le problème de
lentrée professionnelle des 20 comédiens qui sortaient
de cet établissement et dont quelques-uns seulement étaient
recrutés par la Comédie-Française. Il souhaitait
voir se constituer une sorte décole dapplication pour
ces jeunes comédiens. La décision fut prise de constituer
une troupe danciens élèves du Conservatoire. Il restait
à donner un nom à cette formation, à définir
ses modalités de fonctionnement et à dégager les
moyens financiers correspondants...
Tout cela fit, au cours de lannée 1971, lobjet de nombreuses
conversations et négociations entre Pierre-Aimé Touchard,
Pierre Dux et moi-même, dans un climat damicale et chaleureuse
complicité.
Après avoir éliminé les appellations de Cadets
du Conservatoire, Cadets de la Comédie-Française,
Théâtre national de la Jeunesse, laccord
se réalisa sur le nom de Jeune Théâtre National.
Il fut par ailleurs convenu que la troupe serait dirigée par un
professionnel expérimenté - Loïc Volard, proposé
par Pierre-Aimé Touchard, fut immédiatement agréé
- et quelle se composerait de 16 comédiens sortant du Conservatoire
et recrutés pour une durée de deux ans à raison de
8 par promotion».
Guy Brajot, Directeur du Théâtre au Ministère de la
Culture en 1970
Loïc
Volard :
Premier directeur du JTN (1971-1975)
« Le premier spectacle du JTN fut Le Testament du Chien
dAriano Suassuna dans une mise en scène de Guy Lauzin. Nous
sommes à lautomne 1971 et lOdéon part à
la conquête dun nouveau public (...). Le soir de la Générale,
les jeunes comédiens firent merveille et leur enthousiasme et leur
foi entraînèrent immédiatement la salle. Ce fut le
premier franc succès de lOdéon dirigé par Pierre
Dux. La troupe réunissait une vingtaine de comédiens sortis
de lécole deux ou trois ans auparavant et qui se retrouvaient
dans une fièvre joyeuse. (...) Ce succès permit au JTN de
se faire connaître et denvisager de longues tournées
à létranger sous le patronage de lAFAA. »
Jean-Pierre
Vincent :
Directeur du Théâtre National
de Strasbourg et vice-président du JTN (1980-1983)
« La troupe commençait à souffrir, dans son répertoire
et dans sa pratique, de létroitesse de son recrutement. Ou
bien il fallait ne monter que des textes interprétables par des
jeunes comédiens, ou bien vouer certains dentre eux aux compositions.
De plus, le frottement avec des comédiens dautres
générations, si profitable, faisait défaut. Jai
donc transgressé, avec la complicité de Loïc Volard
et du Conseil dAdministration, les règles en vigueur. Cétait
en 1974, pour en « En Revnant dlExpo »,
que danciens élèves du TNS se sont mêlés
à des membres de la Troupe et à des frais émoulus
du Conservatoire. Ce spectacle a préludé dune certaine
façon à linvention des nouveaux statuts et des nouvelles
pratiques du JTN : sa liaison active avec tous les secteurs du métier.
»
Jacques Rosner :
Directeur du CNSAD (1974-1983)
Président du JTN (1975-1983)
« Pendant lété 1974, Michel Guy, alors Secrétaire
dEtat à la Culture, me demanda de prendre la Direction du
CNSAD. Le Conservatoire, à mes yeux, était le vrai laboratoire
de lArt de lacteur. Il me semblait nécessaire quil
disposât dun lieu de production et de création. Ce
lieu ne pouvait-il pas être le JTN ? Etait-il possible de resserrer
les liens qui unissaient Conservatoire et JTN ? (...)
Mon intention était aussi de faire du JTN le théâtre
des élèves du CNSAD et de lécole du TNS, un
théâtre qui allait permettre aux nouveaux acteurs, aux nouveaux
metteurs en scène, dentrer dans la profession par une voie
royale (...) Malgré les efforts de Josyane Horville, la Directrice,
le JTN navait pas les moyens daccueillir tous les élèves
et de devenir le théâtre-école dont je rêvais.
Enfin, nétait-il pas souhaitable que les jeunes comédiens
puissent travailler avec des comédiens de tous âges ? Alors,
avant de quitter le Conservatoire et le JTN, je proposai la réforme
que Denise Leclerc a fait entrer dans la réalité. »
Denise
Leclerc :
Directrice du JTN (1983-1993)
« Après avoir fonctionné pendant plusieurs années
comme une compagnie permanente, à partir de 1983, le JTN eut un
autre mode daction que je fus chargée de mettre en place.
Les artistes sortis du CNSAD et de lécole du TNS font automatiquement
partie du JTN. Comédiens, décorateurs, régisseurs,
y restent pendant trois ans, sans que le JTN ait aucune exclusivité.
Je dois rechercher pour eux les spectacles en projet qui comportent des
rôles correspondant à leur âge et qui offrent toutes
les garanties artistiques et professionnelles. Lorsque le projet est accepté,
le metteur en scène recherche dans le fichier les artistes qui
peuvent lui convenir. (...) Pour inciter à leur engagement, le
JTN rembourse au producteur leur salaire et les charges sociales durant
trois mois. (...) Cette formule permet une liaison active avec toutes
les formes et structures actuelles du théâtre, confronte
les comédiens à des artistes plus âgés et à
des conditions de travail diverses, et assure que, déduction faite
des frais de fonctionnement, la totalité de la subvention du JTN
est affectée au remboursement de leurs salaires. »
>> Entretien
avec Josyane Horville, directrice du JTN (1993-2000)
Quand arrivez-vous au JTN ?
En 1974, Jacques Rosner prend la direction du Conservatoire et me propose
celle du JTN. Entre-temps, les élèves de lécole
du TNS avaient rejoint le JTN. Injustice due à leur léloignement,
ils étaient beaucoup moins distribués que ceux du Conservatoire.
Il fallait donc inventer un nouveau fonctionnement dautant que le
JTN nétait plus une troupe définie, et quil
devenait difficile de jouer à lOdéon.
Comment sest mise en place la deuxième formule du JTN ?
Le JTN devient producteur de spectacles. Jacques Rosner assure bon nombre
de mises en scène et fait appel à dautres intervenants
(Pierre Romand, Claude Risac, Gabriel Garran, etc.). Je cherche de mon
côté de nouveaux lieux : Bouffes du Nord (encore merci à
Peter Brook pour son accueil), Centre Georges Pompidou (où je suis
aussi Conseillère Technique pour le Théâtre), Théâtres
de la Cité Internationale, de lOdéon, de la Commune
dAubervilliers. Cela faisait beaucoup de spectacles, beaucoup de
tournées, mais les artistes des deux écoles travaillaient.
Le JTN na toujours pas alors de lieu propre ?
Si, cest à cette époque que nous intégrons
les locaux où nous sommes aujourdhui, rue des Lions-Saint-Paul,
un ancien garage que nous allons réaménager. Mais en 1981,
quelques mois avant les élections, je dois quitter Beaubourg et
le JTN. Après avoir dirigé lAthénée
pendant une décennie, je reviendrai au JTN en 1993.
Quelles sont vos premières décisions
lorsque vous reprenez la direction du JTN en 1993 ?
Dabord réinvestir ce lieu que javais vu naître
: repeindre les murs, rénover les salles, mettre de la lumière,
redonner de la gaieté, de la vie. Le JTN était devenu un
simple soutien de production, un compte en banque pour payer des comédiens
qui jouaient ailleurs. On était loin de lidée de la
troupe des débuts qui navait, cela dit, plus aucune raison
dêtre. Mais je souhaitais que le théâtre revienne
au JTN.
Comment avez-vous ramené les jeunes comédiens
au JTN ?
Jai ouvert les salles et ils se sont mis au travail ! Jai
commencé par former des Groupes de travail qui étaient des
relais entre la Direction et les artistes JTN. Ensemble, nous avons cerné
les attentes de toute cette génération, et nous avons mis
en place des formules censées y répondre.
Quelles étaient-elles ?
Dabord les Maquettes (les Recherches Libres), qui permettent à
nos jeunes artistes dexpérimenter leur travail. Ensuite,
les auditions publiques (les Recherches dActeurs), qui offrent la
possibilité à des metteurs en scène de venir rencontrer
nos acteurs. Pour le reste, je nai pas beaucoup touché au
système de soutien à la production mis en place par Denise
Leclerc.
Dautres choses encore ?
Les maquettes nous ont donné envie daller plus loin. Cest
de cette idée quest né lInstitut Nomade de la
Mise en Scène que jai créé au JTN et que je
dirige toujours au Conservatoire. Cet institut permet à de jeunes
metteurs en scène de se confronter à des "maîtres"
tant en France qu'à l'étranger.
Comment toutes ces nouveautés ont-elles été reçues
par la profession ?
Avec un réel intérêt, Les metteurs en scène
de toutes générations confondues sont venus rencontrer les
artistes du JTN et les ont largement distribués dans leurs spectacles.
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